Qui perd gagne, qui gagne perd

Publié le par M.T

Qui perd gagne, qui gagne perd

Voilà, fin de première partie, fin des premiers partis. Le monde politique tel que nous l’avons toujours connu bascule, abandonnant qui un Fillon à ses juges, qui un Mélenchon à un subit silence, qui un Hamon à ses réformes. Ne restent que deux nominés qui fêtent leur pré-victoire à coup de petits fours à la Rotonde ou de chenilles à la queueleuleu. Et parmi ces deux là, le diable incarné, la Madone au sourire carnassier, celle que nous avons laissé prospérer sur nos terres abandonnées. Marine Le Pen.

Marine Le Pen, une Marie-Antoinette a qui tout réussi, encensée des reproches qu’on opposait à l’autrichienne. La reine qui perdit la tête sur un malentendu brioché devient aujourd’hui celle qui sauve son peuple en lui promettant des matins Ricoré. Celle qui était honnie parce que trop noble, trop riche, trop loin de son peuple, prend les atours de celle qui aime, chérit, et protège l’oublié. La première habitait Versailles, la seconde Saint Cloud, toutes les deux privilégiées, nanties, aimant la fête et éduquées sans crainte des lendemains difficiles, virevoltantes dans leur prime jeunesse au-dessus de ce peuple qu’elles croisent par devoir. On ne le pardonnera pas à la première qui sera décapitée. On portera la seconde vers la plus haute marche du pouvoir. La comparaison s’arrête où Marie-Antoinette subira son destin avec dignité quand la seconde indignera la destinée.

Marine Le Pen, c’est le grand écart, des Hauts de France aux rues friquées de Cannes, des petites maisons de brique rouge aux résidences varoires au crépi jaune sale. D’un côté ces français dont l’horizon se heurte à la silhouette noire des terrils, qui rêvent sans y croire de soleil et d’ailleurs, et trainent leur manque d’avenir comme un caddy de grande surface qu’ils ne sauraient remplir. De l’autre, des hommes au cheveux blanc chemise ouverte, des femmes à jamais blondes, la peau fripée de trop de bronzage, avachis devant l’azur méditerranéen derrière une montagne de fraises melba et qui prient que ceux d’en haut, du Nord, ne descendent jamais dans leur bas, leur sud. Les deux votent pour elle. Ceux du Nord pour qu’on les sauve, ceux du Sud pour qu’on les préserve. Ils ne se rencontreront jamais car même si cela advenait, ils s’ignoreraient.

Marine Le Pen est tout cela, une imposture qui parle au nom d’un peuple qui ne s’exprime pas et qui cherche ses voix là où on ne pense plus, à force de trop de rien ou de rien de trop.

Marine Le Pen, c’est l’opportunisme ou la clairvoyance de celle qui attise les peurs en les inventant (des hordes d’étrangers qui déferlent en France), nourrit la haine en s’en disculpant (je ne suis pas raciste), crie au complot à grands coups de mensonges (le gouvernement des juges) et qui s’en sort parce les autres ne valent pas mieux qu’elle. Tous pourris ! Voilà son véritable slogan et quand on regarde le parcours de ce premier tour et d’un Fillon parjure, menteur, vautré dans l’ignominie d’une attitude de caste, comment dissuader ses électeurs du contraire ?

Marine Le Pen peut devenir notre future Présidente de la République… Oui, cela nous pend au nez, tôt ou tard.

Tôt ou tard…

Alors si l’inéluctable se dessine devant nous, n’est-il pas temps, n’y-a-t-il pas urgence à briser le sortilège ? Et pour cela ne devrions-nous pas affronter nos propres incohérences et inactions ? Ne devrions-nous pas affronter nos échecs, nos erreurs, nos atermoiements ? Ne nous faudrait-il pas enfin descendre de notre nuage et accepter de prendre la responsabilité de cette situation ?

Parce que Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, c’est nous. C’est notre politique, nos agissements, lâchetés, oublis, incompétences. Ce sont nos manques de vision, nos calculs à la petite semaine, nos égos qui rendent inégaux. Et passée cette remise en cause, il faut nous demander ce que nous pouvons faire. Et peut-être accepter que notre salut passe dans une descente aux Enfers que nous avons bien cherchée.

Marine Le Pen au second tour, et pourquoi pas, élue ? Oui, vous avez bien lu. Et si nous élisions Marine Le Pen à la Présidence de la République ? Serait-ce si grave ? La haine qu’elle distille est-elle si éloignée que celle qu’un Fillon et son Sens Commun voulaient nous imposer en catimini ? Sa colère est-elle si différente de celles d’un Mélenchon éructant main sur le cœur à l’image d’un Robespierre semant la Terreur au nom, lui aussi, d’un peuple rendu captif ? Elle veut détricoter l’Europe ? On sait bien (et elle en premier) que la maline passera par un référendum qui a peu de chance de lui donner ce pouvoir. Elle veut une politique sociale plus effective et du travail pour tous ? Qui saurait la blâmer ? Et si notre plus grande chance, à nous, citoyens, c’était de lui donner les clés une bonne fois pour toute, maintenant, et de prouver ainsi, à ceux qui en sont aujourd’hui persuadés, qu’elle n’y arrivera pas, qu’elle ment, qu’elle n’est pas à la hauteur, qu’elle n’est qu’une bulle qui s’étouffera dans sa propre haine et son incompétence. Et si par l’exemple nous montrions à ses électeurs que Marine Le Pen ne jouera pas son propre jeu et que son chemin s’arrête à sa conquête mais qu’elle n’a aucun des moyens politiques, économiques ni même sociaux pour mettre en œuvre ce qu’elle dessine. Et si une bonne foi pour toutes nous prouvions que Marine Le Pen, c’est du vent ?

Marine Le Pen au pouvoir, oui, ça fout les jetons. Mais à y réfléchir moins que si elle y arrive en nous mettant 60% dans la vue ce qui ne nous laisserait alors aucune latitude, plus aucune chance de nous en sortir alors que sa majorité serait puissante. Nous avons eu tout le temps de nous donner les moyens, gauche droite confondues, d’avoir une vraie politique sociale et économique pour effacer les inégalités, les vraies, quand en France, il y a des gens qui ont faim pendant que d’autres se gavent en plaçant le montant des impôts qu’ils devraient payer dans des paradis fiscaux. Marine Le Pen veut prouver qu’elle y arrivera ? Et bien, laissons là faire. Si elle s’en sort honorablement et bien nous ferons un mea culpa contrit, sinon elle disparaîtra parce que son « bon peuple » ne lui pardonnera pas. Et c’est elle qui finira à l’échafaud. Enfin !

Allez… Ne vous méprenez pas. Je ne voterai jamais pour le parti de la haine, de la xénophobie et par dessus tout, du mensonge et de la manipulation, la pire qui soit, quand elle s'adresse à des électeurs qui ont décroché devant toute réflexion. Bien sûr, Marine Le Pen au pouvoir serait mon pire cauchemar parce que je ne me leurre pas sur ses compétences et ses objectifs.

Mais qui d’autre qu’elle-même aujourd’hui peut nous en débarrasser ? Je vous le demande…

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