Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Réservation au Château de Versailles

Publié le par M.T

 

Ou comment passer un simple coup de fil peut s'avérer la plus délicate et traumatisante expérience de votre vie...

 

La prochaine fois qu'on vous demande d'un ton léger et anodin, de rendre un tout petit service comme si la chose était somme toute banale voire insignifiante, n'acceptez surtout pas avec un naïf enthousiasme s'il s'agit de téléphoner au service de réservation du Château de Versailles afin d'y effectuer une réservation pour la visite d'un groupe. Je vous en conjure, laissez cela aux professionnels et retournez sagement à la tonte de votre gazon.

 

Évidemment, j'en vois qui se gaussent en se demandant ce qu'il peut y avoir de si difficile dans cette tâche. C'est exactement ce que je pensais... avant d’accepter de rendre ce service et de décrocher moi-même mon téléphone, de composer le numéro du dit service réservations et attendre, le cœur léger, la petite tonalité qui allait m'indiquer la prise en charge de mon appel... et oui, jusque là, c'était simple, mais pouvais-je imaginer une seule seconde que...

 

9H00 le matin… Le numéro composé, je tombais alors directement sur un serveur vocal qui me demanda si je voulais m’exprimer en français ou en anglais. Jusque là, rien à redire, tourisme international oblige, c’est beau de constater que la France sait mettre en place un service bilingue. Les autres touristes espagnols, allemands, chinois..., bref ceux qui ne gèrent ni Shakespeare ni Molière se démerdent, ils n’avaient qu’à être plus assidus à l’école !

 

Une fois la bonne touche pressée, une nouvelle question m’était alors posée. Comme vous êtes bien concentré et que vous n’avez pas oublié le pourquoi de votre appel malgré la dizaine de minutes déjà écoulée, vous comprenez qu’il faut appuyer sur la touche 2 de votre téléphone afin d’être mis en contact avec un chargé de clientèle, toujours en vue d’effectuer votre résa. (on dit résa dans le tourisme, c’est plus chic…). Jingle, musique…

 

9H45… votre petit index tendu au dessus du clavier de votre téléphone afin de pallier à l’éventualité d’une subite demande à presser l’une de ses touches – on ne sait jamais, on préfère être prêt - un message enregistré soudain me demanda de bien vouloir rappeler ultérieurement car toutes les lignes étaient occupées. On appelle cela la faute à pas de chance. Fin de tonalité. L’index retombe tout mou.

 

10H17 Qu’à cela ne tienne ! Je décrochais à nouveau, recomposais le numéro - qu’on a pris soin de garder de par devers soi - pour suivre à nouveau le parcours initial que je vous rappelle : serveur vocal + choix des langues + raison de l’appel… On le retient assez rapidement, vous verrez…

 

N’oublions pas que nous nous trouvons là au service de réservation du monument français le plus visité, pour ne pas dire au monde. Alors on peut volontiers accepter qu’en obtenir une réservation demande un peu de temps et de patience, bref, ce mérite…. En l’occurrence près de deux heures après « serveurvocalchoixdeslanguesrasionappel »… ça vient vraiment tout seul au bout d’un moment, je tombais soudain, enfin récompensée de mes multiples tentatives, sur la douce voix d’un chargé de clientèle ! Pleine d’espoir et reprenant goût à la vie, je m’apprêtais enfin à pouvoir exposer ma demande. Enfin presque…

 

10H35… Le chargé de clientèle commence alors une bien curieuse litanie, sans doute pour effacer celle du serveurvocalchoix…etc…,  où il vous indique son nom, prénom, poste occupé (chargé de clientèle) et là où il travaille (le Château de Versailles) au cas où vous auriez oublié ces précieux détails après vos multiples attentes et plus de deux heures de tentative. Il faut juste savoir que la répétition systématique à chaque appel reçu de cette présentation fait que le chargé de clientèle, dans sa grande habitude blasée, vous la balance d’une traite en tout attaché et que le mot Château, si vous avez de la chance, est à peu près la seule parole que vous arrivez à retenir. Mais bon, on ne va pas lui envoyer un carton d’invitation, alors peu importe qu’il s’appelle Charlie ou Françoise, nous, on sait pourquoi on est là !

 

Et cela tombe bien car c’est ce qu’on va vous demander. Mais pas tout de suite, non… Il vous faudra d’abord décliner vous-même votre propre nom, prénom et, gloups, numéro de client. Évidemment, je le répète pour ce qui ont patienté jusque là, je ne suis pas professionnelle donc ne m’étais pas munie de ce précieux sésame. Arrgglll… où était donc noté ce foutu numéro ?!... Alors que je pensais voir la lourde porte tant convoitée se refermer devant mes yeux écarquillés de stupeur, le chargé de clientèle, qui sait donc bien qu’il travaille au Château de Versailles, passe outre mon numéro client, me demandant alors le pourquoi de mon appel. Hoho.. cherchez l’erreur…

 

Avançant sur des œufs et la pointe de mes petits pieds de profane, je laissais donc de côté la recherche fébrile de mon numéro client qui semblait soudain ne plus avoir d’importance, en gardant bien de m’étonner de la question sur le pourquoi de mon appel, sachant que j’avais déjà précisé au moins 352 fois depuis le début de la matinée que je voulais, en français dans le texte, effectuer une réservation pour un groupe… mais bon, ne soyons pas mauvaise fille, il m’était aisée de répéter à cet accorte chargé de clientèle travaillant au Château de Versailles ma demande afin d’obtenir ma réponse. Enfin plutôt pour découvrir que je n’avais pas encore terminé tout à fait mon parcours. En effet, le chargé de clientèle m’informa alors qu’il me passait maintenant (et seulement ?) le service des réservations. Ha bon ? Je n’y étais donc pas ? J’avais donc juste atterri à un simple standard dont le rôle était uniquement de se faire confirmer le choix préétabli sur le serveur vocal avant de me passer le Saint Service ?... Peut-être qu’un jour la France et les français auront foi en leur informatique et comprendrons qu’il est somme toute inutile de vérifier des informations recueillies sur un serveur. Mais encore une fois, ne soyons pas pinailleur, après tout, cela fait toujours un emploi de sauvegardé. Et puis j’allais enfin passer au niveau supérieur.

 

10H57… Une petite musique agréable me fit alors patienter. J’attendais bien évidemment mon correspondant avec toute confiance lorsqu’au bout de quelques secondes, il me sembla bien reconnaître, à mon grand étonnement inquiet, la voix de mon chargé de clientèle standardiste qui travaille au Château. « Désolé mais tous les postes sont occupés. » Là, à ce stade de votre matinée, je vous conseille de garder votre calme. « Ce n’est pas grave Monsieur votre Altesse, je peux patienter ». Mais que nenni ! le chargé de clientèle du Château de Versailles, sans me laisser le temps de réaliser, me gratifia d’un « Passez une bonne journée » avant de me raccrocher au nez !

 

Un peu interloquée de la procédure, et avec la douloureuse impression d’avoir fait la queue pour rien et d’avoir été renvoyée, arrivée au guichet, au bout de celle-ci, j’attendis patiemment une dizaine de minutes afin de calmer mes nerfs quelques peu ébranlés…. Mais comme il était déjà 11H15 du matin, je me décidais sans attendre plus longtemps à réitérer mon appel.

 

Et là, « malchance, de P*** de…. » je n’arrive même pas à passer le cap du serveur vocal. Le standard est out, toutes ses lignes occupées.

 

Je pris alors, je dois bien vous l’avouer, quelques minutes pour m’occuper de ma personne, devant répondre à une envie plus que pressante suite aux 17 espressos avalés depuis le début de la matinée.

 

12H09, je revenais à mon poste téléphonique, soulagée, ragaillardie, mais juste tendue à l’idée qu’approchant l’heure du déjeuner, je risquais de trouver porte close au service de réservation… Je chassais cette idée noire et me remis à l’ouvrage n’oubliant pas que je ne m’étais toujours pas acquittée de ma tâche, et reprenais alors mon parcours, écrasant la touche « 1» la touche « 2», « étoile » « carré » « dièse » « museau du chat ».. oops.. pardon minou… Et grand bien m’en fit ! car  j’arrivais enfin, vers 14H17, le doigt douloureux, à obtenir le serveur + le chargé du standard qui travaille au Château de Versailles + le chargé d’après le chargé du standard qui m’informa alors que, pour ma résa, à la date demandée, « non Madame, ça va pas être possible » . « Noooonnnnn… »

 

Silence… Espace… the Final Frontier…

 

Ma gorge n’était qu’un noeud, mes yeux obscurcis par un voile, mes mains prises d’un tremblement convulsif. Allais-je donc faillir à ma mission si près du but alors que j’avais même réussi, après quelques fouilles administratives à trouver toute seule comme une grande le numéro client de l’association ?

 

Mais en tout il faut garder espoir car ce sont dans ces moments de grande solitude intense que parfois, ou « par foi », les miracles se produisent. C’était en effet sans compter sur les voies obscures de la fonction publique qui consiste d’abord à vous dire non et ensuite à vous donner une réponse positive… on m’octroya alors à la date requise ma résa, alléluia !, avec juste comme bémol un horaire que j’acceptais néanmoins sans négociation même s’il se trouvait être quatre heures après celui qu’on m’avait demandé à tout prix d’obtenir. Il faut dire que là, j’avais un avantage…

 

Sans être professionnelle, je connaissais la manœuvre, faisant alors confiance dans la faculté extraordinaire de toute administration d’établir des règles pour mieux passer outre dans l’affrontement systématique de ses différents services, généralement ceux des bureaux versus ceux sur le terrain. Effectivement, muni de ce précieux sésame et d’un peu de bagout, le groupe put passer, comme prévu, à 10H00 avec une résa à 17H25, le fonctionnaire aux guichets d’entrée, jetant négligemment la précieuse mais devenue inutile résa à la corbeille pour en établir une autre à passage immédiat, pestant que non vraiment, ceux qui bossent dans les bureaux décidément n’y connaissent rien !

 

Vive la France et Bonne visite !

Partager cet article

Repost 0