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On s'habitue (presque) à tout

Publié le par M.T

On s'habitue (presque) à tout

Aujourd’hui, on prépare la Fête Nationale 2025. En fait, ici, on l’appelle la Fête au Cochon parce que c’est ce qu’on mange ce jour là. C’est obligé. Partout, on fait rôtir l’animal, soit entier, le groin transpercé par une broche qui ressort par le cul (ça fait rire les minots), soit découpé en morceaux qu’on pose sur des vieilles grilles au-dessus de braseros improvisés. Nous, on a de la chance. Depuis qu’on se chauffe au charbon, la Mairie nous a distribué des fûts de gasoil qui servaient plus, coupés en deux dans le sens de la longueur. Tu cales ça entre deux parpaings et ça marche super bien, surtout à l’allumage. C’est vrai, ça donne un léger goût. Mais on s’habitue. Il ne faut surtout pas dire qu’on prépare un « méchoui » ni qu’on fait un « barbecue ». Ca, ça fait partie du vocabulaire que la nouvelle révision scolaire a banni. Tu dis juste que tu fais de la viande grillée ou un porc à l’algérienne (ça fait rigoler les anciens). En entrée, on mange des tomates, les seules de l’année. Elles viennent de Bretagne alors faut en profiter parce que y’en aura pas d’autres après depuis qu’on importe plus celles des pays plus au sud même si Gérard y dit qu’il faut pas en manger parce qu’elles viennent de chez les dissidents. Lui, il prend la sienne et il la garde pour le chamboule-tout, celui de Roger qui a mis la tête de tous les anciens présidents de l’ancienne République sur les boites de conserve vide (ça fait rire ceux qui votaient, avant). Mais nous ce qu’on préfère, c’est les pommes de terre, celles qu’on fait pousser sur les terrils. C’est une nouvelle forme d’agriculture qui rend la patate un peu noire et lui donne un goût de fer. Mais on s’habitue. On picole de l’anisette marseillaise ou du rosé du Languedoc. Il râpe un peu et donne des aigreurs d’estomac. Mais depuis que les importations en provenance d’Italie ou d’Espagne ont été stoppées, il n’y a plus que ça à boire. Faut se dépêcher d’en acheter, en janvier, parce que y’en a pas pour tout le monde. C’est un peu cher mais on doit en avoir au moins une bouteille par foyer. C’est pour la production nationale. On achète français même si c’est dégueulasse. Mais en vrai, on s’habitue. C’est comme pour les voitures. Depuis qu’on a fermé les frontières et qu’on taxe les imports, on peut acheter que des Dacia. C’est les moins chères et encore, y’en a qui peuvent pas prendre de crédit alors ils ont des vélos. Et comme ils peuvent pas en avoir tous, ils se les piquent entre eux. Mais comme c’est du vol franco-français, plus personne il ose rien dire. C’est à cause du chômage. Au début, comme on a viré tous les émigrés, y’avait plein de petits boulots. Enfin, pas tant que ça mais on a fait comme si. Tout le monde était content parce que les usines, elles allaient rouvrir. Sauf que, toujours à cause qu’on a fermé les frontières et quitté l’Europe, notre nouveau Franc il est trop bas et comme les salaires ont baissé, ben on peut rien acheter. Du coup, les usines, elles ont pas rouvert et il a fallu augmenter les impôts et là, ça a été le pompon comme dit Jennifer qu’avait voté Marine en 2017. Parce que les allocs, elles, elles ont pas remonté après le départ des Moulouds (c’est papy qui dit Mouloud, ça veut dire « pas d’chez nous »). La moitié du village il est au chômage et en fin de droits. Même avec les mines qu’on a rouvert au début. C’est rapport que plus personne veut y aller maintenant parce que c’est trop dur. On a bien envoyé les anciens, ceux qu’avaient connu le truc au siècle d’avant mais ils étaient pas très en forme avec leur cancer des poumons. Donc ça a pas marché longtemps. Alors on refait des patates encore plus. Mais on était déjà habitué. Le plus dur, c’est pour se soigner. Comme on a viré aussi les Moulouds médecins, ben il a fallu fermer les deux hôpitaux de la région et du coup, si t’es malade, c’est galère. Faut aller à 200 bornes mais ils ont fermé la gare et en vélo, c’est pas pratique surtout quand t’as la jambe cassée (ça fait rire les anciennes infirmières qui ont toutes été reclassées secrétaire médicale). Mais c’est vrai, on s’habitue à ça aussi. Le mieux, c’est qu’on a plus besoin d’aller voter. Comme Marine, elle pouvait pas faire plus de deux mandats, elle a fait comme en Turquie, elle peut rester à vie. C’est plus simple. Surtout qu’avec Poutine, sont deuxième mari, ils ont pu se partager le gâteau. Nous, on a « chez nous » et les russes, le reste. On fait juste gaffe de pas faire comme les US. Parce depuis que leur président à cheveux orange a liquidé la Corée du Nord, la Chine les a envahi. Depuis, ils mangent à la baguette des chats laqués. Et là, je suis pas sûr qu’on s’y habitue. Mais bon, dans l’ensemble, on se plaint pas. Comme y’a plus d’opposition, c’est devenu beaucoup plus facile. On dit plus rien. Enfin, sauf certains qui se donnent rendez-vous en cachette à l’ancien local désaffecté des associations. On dit qu’avant, ils étaient de droite ou de gauche, c’est selon. Ils parlent pendant des heures du temps où ils s’étripaient aux élections et que même que ça avait l’air vachement rigolo ce temps là. Parfois, ils pleurent aussi mais on sait pas pourquoi. Nous, avec les potos, on leur balance de la caillasse par les carreaux cassés et quand ils sortent pour nous courir après, on les traite d’UMPS ! Paraît que ça veut dire comme Pédé mais je suis pas sûr là. Sinon, pour s’occuper, on joue à cache cache dans les champs qui sont plus labourés parce que les agriculteurs ont brûlé leur ferme parce qu’ils y arrivaient plus sans les subventions européennes qu’y paraît. On fait juste attention à pas tâcher nos chemises brunes qu’on porte désormais. C’est notre uniforme et faut en prendre soin. C’est pour montrer qu’on est des patriotes. Je sais pas à qui mais c’est comme ça. Faut être beau quand on mange notre cochon. Non c’est vrai qu’on s’est habitué à pas mal en fait, sauf, aux terroristes. Depuis Marine, comme ils peuvent plus passer les frontières, ils nous balancent des missiles Tomahawk qu’ils ont racheté au président à cheveux orange et là, ça fait mal. Même que depuis la semaine dernière, ils en ont balancé un sur Trifouillette-Les-Oies et que tout le monde est mort. Alors c’est vrai, on s’habitue à ça aussi mais c’est juste que c’est con parce que ça donne pas plus de boulots à ceux qui sont vivants. Mais bon, on s’habitue aussi.

Nan, mais c’est vrai. En fait, avec un peu de bonne volonté, on s’habitue à tout.

Sinon, on vote !

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Qui perd gagne, qui gagne perd

Publié le par M.T

Qui perd gagne, qui gagne perd

Voilà, fin de première partie, fin des premiers partis. Le monde politique tel que nous l’avons toujours connu bascule, abandonnant qui un Fillon à ses juges, qui un Mélenchon à un subit silence, qui un Hamon à ses réformes. Ne restent que deux nominés qui fêtent leur pré-victoire à coup de petits fours à la Rotonde ou de chenilles à la queueleuleu. Et parmi ces deux là, le diable incarné, la Madone au sourire carnassier, celle que nous avons laissé prospérer sur nos terres abandonnées. Marine Le Pen.

Marine Le Pen, une Marie-Antoinette a qui tout réussi, encensée des reproches qu’on opposait à l’autrichienne. La reine qui perdit la tête sur un malentendu brioché devient aujourd’hui celle qui sauve son peuple en lui promettant des matins Ricoré. Celle qui était honnie parce que trop noble, trop riche, trop loin de son peuple, prend les atours de celle qui aime, chérit, et protège l’oublié. La première habitait Versailles, la seconde Saint Cloud, toutes les deux privilégiées, nanties, aimant la fête et éduquées sans crainte des lendemains difficiles, virevoltantes dans leur prime jeunesse au-dessus de ce peuple qu’elles croisent par devoir. On ne le pardonnera pas à la première qui sera décapitée. On portera la seconde vers la plus haute marche du pouvoir. La comparaison s’arrête où Marie-Antoinette subira son destin avec dignité quand la seconde indignera la destinée.

Marine Le Pen, c’est le grand écart, des Hauts de France aux rues friquées de Cannes, des petites maisons de brique rouge aux résidences varoires au crépi jaune sale. D’un côté ces français dont l’horizon se heurte à la silhouette noire des terrils, qui rêvent sans y croire de soleil et d’ailleurs, et trainent leur manque d’avenir comme un caddy de grande surface qu’ils ne sauraient remplir. De l’autre, des hommes au cheveux blanc chemise ouverte, des femmes à jamais blondes, la peau fripée de trop de bronzage, avachis devant l’azur méditerranéen derrière une montagne de fraises melba et qui prient que ceux d’en haut, du Nord, ne descendent jamais dans leur bas, leur sud. Les deux votent pour elle. Ceux du Nord pour qu’on les sauve, ceux du Sud pour qu’on les préserve. Ils ne se rencontreront jamais car même si cela advenait, ils s’ignoreraient.

Marine Le Pen est tout cela, une imposture qui parle au nom d’un peuple qui ne s’exprime pas et qui cherche ses voix là où on ne pense plus, à force de trop de rien ou de rien de trop.

Marine Le Pen, c’est l’opportunisme ou la clairvoyance de celle qui attise les peurs en les inventant (des hordes d’étrangers qui déferlent en France), nourrit la haine en s’en disculpant (je ne suis pas raciste), crie au complot à grands coups de mensonges (le gouvernement des juges) et qui s’en sort parce les autres ne valent pas mieux qu’elle. Tous pourris ! Voilà son véritable slogan et quand on regarde le parcours de ce premier tour et d’un Fillon parjure, menteur, vautré dans l’ignominie d’une attitude de caste, comment dissuader ses électeurs du contraire ?

Marine Le Pen peut devenir notre future Présidente de la République… Oui, cela nous pend au nez, tôt ou tard.

Tôt ou tard…

Alors si l’inéluctable se dessine devant nous, n’est-il pas temps, n’y-a-t-il pas urgence à briser le sortilège ? Et pour cela ne devrions-nous pas affronter nos propres incohérences et inactions ? Ne devrions-nous pas affronter nos échecs, nos erreurs, nos atermoiements ? Ne nous faudrait-il pas enfin descendre de notre nuage et accepter de prendre la responsabilité de cette situation ?

Parce que Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, c’est nous. C’est notre politique, nos agissements, lâchetés, oublis, incompétences. Ce sont nos manques de vision, nos calculs à la petite semaine, nos égos qui rendent inégaux. Et passée cette remise en cause, il faut nous demander ce que nous pouvons faire. Et peut-être accepter que notre salut passe dans une descente aux Enfers que nous avons bien cherchée.

Marine Le Pen au second tour, et pourquoi pas, élue ? Oui, vous avez bien lu. Et si nous élisions Marine Le Pen à la Présidence de la République ? Serait-ce si grave ? La haine qu’elle distille est-elle si éloignée que celle qu’un Fillon et son Sens Commun voulaient nous imposer en catimini ? Sa colère est-elle si différente de celles d’un Mélenchon éructant main sur le cœur à l’image d’un Robespierre semant la Terreur au nom, lui aussi, d’un peuple rendu captif ? Elle veut détricoter l’Europe ? On sait bien (et elle en premier) que la maline passera par un référendum qui a peu de chance de lui donner ce pouvoir. Elle veut une politique sociale plus effective et du travail pour tous ? Qui saurait la blâmer ? Et si notre plus grande chance, à nous, citoyens, c’était de lui donner les clés une bonne fois pour toute, maintenant, et de prouver ainsi, à ceux qui en sont aujourd’hui persuadés, qu’elle n’y arrivera pas, qu’elle ment, qu’elle n’est pas à la hauteur, qu’elle n’est qu’une bulle qui s’étouffera dans sa propre haine et son incompétence. Et si par l’exemple nous montrions à ses électeurs que Marine Le Pen ne jouera pas son propre jeu et que son chemin s’arrête à sa conquête mais qu’elle n’a aucun des moyens politiques, économiques ni même sociaux pour mettre en œuvre ce qu’elle dessine. Et si une bonne foi pour toutes nous prouvions que Marine Le Pen, c’est du vent ?

Marine Le Pen au pouvoir, oui, ça fout les jetons. Mais à y réfléchir moins que si elle y arrive en nous mettant 60% dans la vue ce qui ne nous laisserait alors aucune latitude, plus aucune chance de nous en sortir alors que sa majorité serait puissante. Nous avons eu tout le temps de nous donner les moyens, gauche droite confondues, d’avoir une vraie politique sociale et économique pour effacer les inégalités, les vraies, quand en France, il y a des gens qui ont faim pendant que d’autres se gavent en plaçant le montant des impôts qu’ils devraient payer dans des paradis fiscaux. Marine Le Pen veut prouver qu’elle y arrivera ? Et bien, laissons là faire. Si elle s’en sort honorablement et bien nous ferons un mea culpa contrit, sinon elle disparaîtra parce que son « bon peuple » ne lui pardonnera pas. Et c’est elle qui finira à l’échafaud. Enfin !

Allez… Ne vous méprenez pas. Je ne voterai jamais pour le parti de la haine, de la xénophobie et par dessus tout, du mensonge et de la manipulation, la pire qui soit, quand elle s'adresse à des électeurs qui ont décroché devant toute réflexion. Bien sûr, Marine Le Pen au pouvoir serait mon pire cauchemar parce que je ne me leurre pas sur ses compétences et ses objectifs.

Mais qui d’autre qu’elle-même aujourd’hui peut nous en débarrasser ? Je vous le demande…

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Le Moment Venu

Publié le par M.T

Le Moment Venu

Bon, on ne va pas refaire toute l’histoire, vous la connaissez par cœur. Depuis trois mois, on n’entend que cela, les révélations qui pèsent sur le candidat Fillon puis les charges retenues contre lui. Mais au delà des charges et dans le respect d’une instruction en cours où la présomption d’innocence prévaut, ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est l'éclairage nouveau que ces affaires apporte au candidat Fillon.

Dans une grande dignité outragée, au lendemain des premières révélations et sur le plateau de TF1, le candidat Fillon nous a affirmé qu’il n’y avait pas « le moindre doute sur l’emploi légal et réel » de son épouse comme collaboratrice. Pour preuve de sa probité, il nous a soutenu, face caméra, qu’il se retirerait de la campagne présidentielle si il était mis en examen, gageant par là qu’une telle extrémité était inenvisageable.

Et paf le chien ! Le parlementaire Fillon mis en examen, le candidat Fillon se maintient.

La première leçon à retenir est donc que le candidat Fillon que l’on présumait homme de foi fait peu de cas de sa parole donnée. On peut alors légitimement se poser des questions quant à ses promesses électorales.

Ensuite et sans plus étayer sa défense que par des « si je vous le dis, c’est que c’est vrai », le candidat Fillon hurle au loup cherchant à détourner l’attention sur lui pour la déplacer vers les affreux qui lui en veulent, les « on » et les « ils » qui veulent l’abattre. Diantre, il y a du maléfice là-dessous !

Deuxième leçon à retirer de ces révélations : le candidat Fillon qu’on pensait homme sensé et réfléchi est un paranoïaque fervent défenseur de la thèse du complot. Et de l’entendre dérouler les plus absconses accusations sur un complot que l’État lui-même ourdirait contre lui. C’est sûr, au vu des derniers sondages sur le candidat Hamon et le non candidat Hollande, le fameux Cabinet Noir aura été super efficace.

Au passage, anecdotique mais révélateur, on découvre que le candidat Fillon a été obligé de prendre un prêt de 30.000 € auprès de sa fille pour payer ses impôts. Raison invoquée : « j’attendais les droits d’auteur de mon livre pour payer mes impôts ». Voui… Et pour payer les impôts sur ses droits d’auteur ? Il va faire comment l'imposé Fillon ?

Troisième leçon : Le candidat Fillon qu’on pensait un gestionnaire hors pair s’avère mauvais élève.

En piochant ailleurs, on découvre que le candidat Fillon qui clame sa probité sur tous les tons accepte, alors même que tous les projecteurs sont tournés vers lui, d’endosser des costumes qu’un ami généreux lui offre.

Quatrième leçon : le candidat Fillon fait preuve d’un manque terrible de jugement. So sad.

Enfin et pas des moindres, le candidat Fillon oppose à toutes les accusations portées contre lui, sa femme et le p’tit Prince qu’il fera, bientôt, le moment venu, quand le jour viendra, et selon un calendrier opportun, toute la vérité sur ces affaires et qu’il apportera alors toutes les preuves nécessaires, véridiques, juré craché si j’m’mens, j’vais en enfer, pour faire éclater au grand jour toute son innocence.

Okay... Imagine-t-on un sportif, au beau milieu d’une compétition, marcher au lieu de courir en assurant à son public qu’il a toutes les capacités pour arriver premier mais qu’il en ferait la preuve plus tard, le moment venu ? Moi, j’en doute.

Cinquième leçon et sans doute pas la moindre : le candidat Fillon n’est pas un fin tacticien et à clamer qu’il donnera toutes les preuves plus tard nous donne à penser qu’il n’en a aucune.

Moralité de l’histoire : A la lumière de toutes ces péripéties, on comprend que le candidat Fillon prend ses électeurs pour des couillons ou des fanatiques.

Mais qu’à cela ne tienne, le candidat Fillon aura été au final blanchi ! Mais c'est vrai qu'à force de nous rouler dans la farine...

Et pour finir : après les emplois, vivent les soutiens fictifs !

Hier soir, dans L’Émission Politique de France 2, face au candidat Macron, une intervenante, Barbara Lefebvre, professeur d’histoire géographie, après avoir juré qu’elle n’en était pas, a été démasquée comme faisant parti des soutiens du candidat Fillon.

Bouh... c'est pas beau de mentir...

 

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